Dans une zone touristique, une part de vos visiteurs ne lit pas le français. Certains cherchent votre adresse en anglais, en italien, en allemand, et tombent sur un site dont ils ne comprennent ni la carte ni les horaires.
Traduire son site est une bonne idée dans certains cas, et une dépense inutile dans d'autres. La réponse dépend de qui vient chez vous, et pas de ce que font les autres.
Trois questions à se poser avant de commencer, trois niveaux de traduction possibles, et quelques règles pour que Google s'y retrouve.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes
Ne traduisez pas par principe : regardez d'abord qui vient chez vous, dans les avis Google et dans la Search Console. Le plus souvent, une page en anglais avec les horaires, l'adresse, la carte et la façon de réserver suffit. Faites relire la traduction par une personne, évitez la traduction automatique brute, donnez à chaque langue sa propre adresse sur le site et laissez le visiteur choisir sa langue lui-même. Le vrai coût, c'est la mise à jour : chaque changement de carte est à refaire dans chaque langue.
1. Traduire pour qui, exactement
Traduire un site n'est pas un réflexe à avoir, c'est la réponse à une observation : des visiteurs qui ne parlent pas français viennent chez vous, ou pourraient venir, et votre site ne leur dit rien.
Sur la Côte d'Azur et dans l'arrière-pays, cette observation est fréquente. Les visiteurs ne réservent pas tous sur place : beaucoup préparent leur séjour à l'avance et cherchent un restaurant, un artisan ou un hébergement depuis leur téléphone, dans leur langue.
Dans un village ou une ville où les visiteurs sont rares et locaux, en revanche, un site traduit apporte peu. Il faut alors mettre l'énergie ailleurs, sur la fiche Google, les avis, la carte en ligne.
Avant toute décision, il y a donc un travail d'observation, qui prend une demi-heure et qui évite de payer pour rien.
2. Trois questions avant de vous décider
Première question : quelle langue parlent vos clients étrangers ? Ouvrez vos avis Google et regardez dans quelle langue ils sont écrits. Vous voyez tout de suite si l'anglais domine, si l'italien ou l'allemand reviennent, et en quelle proportion.
Deuxième question : d'où viennent vos visiteurs ? Dans la Search Console, le rapport des performances se filtre par pays. Dans votre outil de statistiques, la provenance des visiteurs donne la même indication. L'article sur la Search Console explique où regarder.
Troisième question : pouvez-vous répondre à ces clients ? Un site en anglais promet un accueil en anglais. Si vous ne parlez pas la langue, il faut au moins pouvoir répondre à un message ou à un appel simple, sinon le client est déçu au moment où il vous contacte.
Ma règle : quelques avis en langue étrangère sur Google, ou une part visible de visiteurs étrangers dans vos statistiques, et une capacité à répondre. Si l'un des trois manque, attendez.
3. Trois niveaux de traduction
Le premier niveau est le plus léger : une seule page en anglais, qui reprend l'essentiel. Les horaires, l'adresse, l'accès, la carte, la manière de réserver ou de contacter. Pour un restaurant ou un artisan, c'est souvent suffisant.
Le deuxième niveau est une version complète du site en une langue, avec les mêmes pages que la version française. Il convient quand la clientèle étrangère est régulière et que votre contenu se lit, pas seulement se consulte : présentation, services, blog.
Le troisième niveau, plusieurs langues sur tout le site, est le plus lourd. Il ne se justifie que si chaque langue a de vrais visiteurs. Un site qui s'arrête à l'anglais couvre déjà une grande partie des visiteurs étrangers.
Commencez par le premier niveau. Il vous coûte peu, et vos statistiques vous diront ensuite s'il faut aller plus loin.
4. La traduction elle-même
Une traduction automatique brute, copiée sans relecture, se remarque vite : phrases bizarres, noms de plats traduits à la lettre, mots qui ne veulent rien dire. Le visiteur en conclut que le reste est à l'avenant. Google déconseille lui aussi les contenus traduits automatiquement sans relecture.
Un outil de traduction peut faire un premier jet, à condition qu'une personne le relise. Idéalement quelqu'un dont c'est la langue : un client fidèle, un ami, un traducteur pour les textes importants. Une relecture prend beaucoup moins de temps qu'une traduction complète.
Pour une carte, gardez les noms de plats en français, avec une courte explication en dessous. Un visiteur qui vient en France s'attend à lire « bouillabaisse » ou « pissaladière ». Traduisez en revanche avec grand soin les informations sur les allergènes : c'est le seul endroit où une erreur peut avoir des conséquences.
Pour les horaires, l'adresse et les modalités de réservation, la précision compte plus que le style. Une phrase simple et juste vaut mieux qu'une phrase élégante et floue.
5. Ce qu'il faut savoir côté technique
Chaque langue doit avoir sa propre adresse sur le site, par exemple une adresse en /en/ pour l'anglais. Google recommande des adresses distinctes plutôt que de changer la langue par cookie ou par réglage : c'est ce qui lui permet d'explorer chaque version.
Il faut aussi indiquer à Google que ces pages sont les versions d'une même page, grâce à des balises appelées hreflang. Vous n'avez pas à les écrire vous-même : les extensions de traduction sérieuses, comme Polylang, WPML ou TranslatePress, les posent pour vous. Vérifiez simplement qu'elles sont présentes.
Ajoutez un sélecteur de langue visible en haut du site, avec le nom de chaque langue écrit dans cette langue : « English », « Italiano », « Français ».
Évitez la redirection automatique selon la langue du navigateur. Elle empêche parfois Google d'explorer toutes les versions, et elle agace le visiteur qui veut lire la page dans une autre langue que celle de son téléphone. Laissez-le choisir.
6. La fiche Google et les avis
Votre fiche Google est unique : créer une deuxième fiche pour une autre langue est contraire aux règles de Google. Les visiteurs étrangers la trouvent comme les autres, et les avis peuvent se traduire à l'affichage.
Répondez aux avis dans la langue de l'avis. Une réponse en anglais à un client anglophone, même courte, montre que vous avez lu et que vous êtes prêt à l'accueillir. Deux lignes suffisent.
Mentionnez aussi dans la bio d'Instagram que votre site existe en anglais. Le visiteur étranger qui vous découvre là n'aura pas à chercher.
Un site traduit sans fiche à jour perd une bonne partie de son intérêt. L'article sur la fiche Google reprend les points à vérifier.
7. Ce que ça coûte vraiment, et quand renoncer
Le coût de la traduction n'est pas le plus lourd. Le plus lourd, c'est la mise à jour. Chaque fois que vous changez la carte, un horaire ou un prix, il faut le changer dans chaque langue, et un oubli laisse une information fausse côté étranger.
Si votre carte change tous les jours, ne la traduisez pas plat par plat. Traduisez une page d'ensemble, qui décrit votre cuisine et vos formules, et laissez l'ardoise du jour en français. Si votre carte change une fois par an, la traduction complète est simple à tenir.
Sur les sites de restaurants que je crée, la version anglaise est proposée en option à 400 €. C'est le prix de la mise en place. Comptez ensuite le temps de mise à jour, à chaque changement de carte.
Et si les chiffres ne justifient pas la traduction, renoncez sans regret. Une fiche Google complète et une carte lisible sur mobile font plus pour un client étranger qu'un site traduit à moitié.
Je réponds à vos questions...
Commencez par l'anglais, que lit la plupart des visiteurs étrangers. Ajoutez ensuite la langue qui ressort de vos avis et de vos statistiques, pas celle qui vous paraît logique. Deux langues bien tenues valent mieux que cinq à moitié.
Non, ou mal. La traduction se fait sur la page à la volée, sans adresse propre pour Google et sans relecture, donc vos pages ne sont pas référencées dans les autres langues. Le navigateur du visiteur offre déjà cette option à la demande, gratuitement.
Non, si chaque langue a sa propre adresse et si les balises hreflang sont en place. La version française reste sur son adresse actuelle et n'est pas touchée. C'est la redirection automatique selon la langue du navigateur qu'il faut éviter.
Un client fidèle dont c'est la langue, un ami, un traducteur pour les pages importantes. Pour les plats, préférez quelqu'un qui connaît la cuisine. Une relecture prend beaucoup moins de temps qu'une traduction, et elle évite les erreurs les plus visibles.
Non. Une seule fiche par établissement. Les visiteurs étrangers la trouvent comme les autres, et vous répondez aux avis dans leur langue.
Traduire son site est une décision qui se prend avec des chiffres, pas avec une intuition. Une demi-heure dans vos avis et vos statistiques répond presque toujours à la question.
Quand la réponse est oui, commencez petit : une page, bien traduite, à jour, avec un moyen simple de vous joindre. Le reste viendra si vos visiteurs le demandent.
Vous hésitez à traduire votre site ?
Dites-moi qui vient chez vous et dans quelle langue on vous écrit. Je vous dis franchement si une version anglaise vous servirait, et sous quelle forme. C'est gratuit et sans engagement.